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La Hernie discale lombaire : Mythes et Réalités ! 

Dans cet article nous plongeons au cœur d’un sujet qui, sans aucun doute, a capturé l’attention du grand public comme peu d’autres problèmes musculo-squelettiques : la hernie discale lombaire.  Un patient souffrant d’une lombalgie (douleur du bas du dos ) depuis des mois, nous consulte et me brandit d’emblée son IRM lombaire tel un acte de condamnation avec les mots suivants “ Docteur, je suis foutu , je souffre d’une hernie discale L5S1, je sais que je dois me faire opérer, mais j’aimerai quand même avoir votre avis” .  Après l’avoir écouté, réalisé quelques tests cliniques, et regardé ses images, je lui explique que son problème est à la fois totalement bénin et banal, et qu’il suffit de prendre un individu au hasard dans la rue de sa tranche d’âge, de lui faire passer une IRM,  pour d’obtenir des image plus ou moins similaires aux siennes. 

Le patient me regarde alors médusé comme si un pan de certitudes acquis au dur prix d’une douleur chronique venait de s’effondrer….

Qui parmi nous ne connaît pas quelqu’un dans son entourage direct touché par cette condition ? Pourtant, malgré sa notoriété, l’hernie discale est entourée de nombreux mythes  et malentendus. Beaucoup de ceux qui souffrent de douleurs lombaires la redoutent plus que toute autre atteinte. C’est pourquoi nous allons tenter de démêler le vrai du faux grâce à la recherche.

Commençons par les bases : qu’est-ce exactement qu’un disque intervertébral ?

Le disque peut ressembler à un ovale ou à un haricot, ça dépend des gens. On dit souvent qu’il est composé de deux parties : au milieu, il y a une partie pleine d’eau appelée noyau pulpeux, et puis autour, il y a une sorte de cercle dur appelé anneau fibreux, qui contient beaucoup de collagène. Mais en vérité, c’est plus compliqué que ça. Il n’y a pas vraiment de séparation claire entre ces deux parties. Les fibres de l’anneau deviennent plus faciles à distinguer quand on s’éloigne du centre vers les bords. Ces fibres se regroupent en faisceaux ou en sortes de couches qui se croisent dans différentes directions, de manière oblique et dans des sens contraires, un peu comme un filet très serré qui empêche le milieu de sortir et résiste aux forces qui lui sont appliquées. Un disque lombaire en bonne santé a une épaisseur d’environ 7 à 10 millimètres, une longueur de 4 centimètres et est composé d’environ 20 couches de ces faisceaux

Ces structures de fibrocartilage robustes jouent un rôle clé dans l’absorption des chocs, et sont solidement ancrées entre les vertèbres.  Entourés de ligaments très résistants, il est important de noter que ces disques ne peuvent pas “glisser”, contrairement au mythe couramment répandu, surtout dans les pays anglo-saxons où le terme de “Slipped Disc” est souvent encore utilisé de nos jours; 

Qu’est ce qu’une hernie discale ? 

Quand on parle d’hernies discales, on se réfère au déplacement d’une partie du matériel discal hors de son espace normal. Si le disque reste intact, on parle d’une hernie “contenue”. Si le contenu du disque se répand, c’est une hernie “non contenue”. Ces hernies peuvent se déplacer sous un ligament de la colonne vertébrale, vers le bas ou, plus rarement, vers le haut, ou même se détacher. Il est important de différencier les hernies discales, qui sont un déplacement plus profond que large, des simples bombements qui sont plus larges que profonds, ces bombements peuvent d’ailleurs être asymétriques ou symétriques. On catégorise aussi les hernies discales, en fonction de leur emplacement par rapport au milieu ou à la partie la plus latérale du disque. Pour qu’il y ait hernie discale, il faut que le noyau soit riche en eau, ce qui explique que les hernies discales sont l’apanage des sujets jeunes, que leur pic de prévalence se situe à 42 ans et qu’elles touchent le plus souvent les deux derniers segments lombaires. 

Bombements discaux (ou bulgus discaux )  qui sont plus larges que profonds, ces bombements peuvent d’ailleurs être asymétriques ou symétriques :

Il existe 3 principales famille d’hernies discales : Nous parlons d’une protrusion discale si la plus grande distance entre les bords du matériel discal se présentant en dehors de l’espace discal – donc la ligne D – est inférieure à la distance entre les bords de la base de ce matériau discal s’étendant en dehors de l’espace discal, ce qui est présenté par la ligne B.

Dans une extrusion, la ligne D est plus grande que la ligne B :

Et dans une séquestration – qui  est une sous-catégorie de l’extrusion discale – le matériel discal extrudé n’a plus de continuité avec le disque d’origine :

Une hernie ça fait mal à quel point ? 

Un fait surprenant révélé par les chercheurs est la prévalence élevée des hernies discales, même chez les individus totalement asymptomatiques.  Des études montrent qu’une proportion significative de la population, qui ne souffre d’aucune douleur lombaire, présente des disques d’apparence anormale à l’IRM. Ainsi la célèbre étude de Brinjikji publiée en 2015, révèle que près d’un tiers des jeunes de 20 ans asymptomatiques présente une hernie discale. 70% des adultes de 40 ans asymptomatiques présentent des signes de dégénérescence discale, quand 50% d’entre eux présentent un bombement discal. 

Prévalence des anomalies à l’IRM selon l’étude de Brinjikji et al :

L’association entre la présence d’une anomalie du disque à l’IRM et la douleur, est donc un mythe qui a la dent dure ! Ce n’est pas parce que vous avez une hernie discale, que vous avez ou que vous aurez mal au dos ! 

Une hernie discale veut dire “opération chirurgicale “ ? 

Admettons néanmoins , que vous fassiez partie de ceux qui présentent une lombalgie ou une lombo-sciatique associée à la présence d’une hernie discale . Combien d’entre vous , comme ce patient nous ayant consulté, pensent être irrémédiablement condamnés à réaliser une chirurgie ? 

La bonne nouvelle est que la majorité des patients connaissent une amélioration significative sans intervention chirurgicale. Bien que la chirurgie puisse offrir un soulagement plus rapide dans certains cas, et est même indispensable dans de rares cas de compression neurologique massive,  les traitements conservateurs ou mini-invasifs se révèlent très efficaces à long terme. Parmi ces traitements, on retient les manipulations et mobilisation vertébrale, les techniques de neuro-mobilisation, les exercices, les techniques de flexion-distraction, ou encore certains types d’injection. Au pays bas une étude , a retrouvé que seuls 5% des patients souffrant d’une compression radiculaire associée à leur hernie discale, avaient finalement dû bénéficier d’une chirurgie.  En cas de douleur chronique, une des clés réside également dans l’éducation et la réassurance des patients, les aidant à reprendre confiance en leur corps et à surmonter les craintes liées au mouvement. De plus, Il faut savoir que la résorption spontanée (c’est à dire sans aucun traitement)  de la hernie est un phénomène bien documenté, puisqu’on estime qu’elle survient chez 66% des patients  après plusieurs mois  !

Mais quels sont les facteurs augmentant le risque de développer une hernie discale ? 

Les données suggèrent une variété de facteurs, allant des antécédents familiaux et la prédisposition génétique qui est de loin le facteur de risque le plus important,  à des éléments liés au mode de vie comme le tabagisme, la sédentarité, l’obésité et le surpoids. La taille également, puisque mesurer plus de 1,90 serait un facteur de risque.  Une étude a montré que les astronautes étaient également plus à risque de développer des douleurs en lien avec  une hernie discale, lors de leur retour sur terre. Ceci pourrait s’expliquer par le gonflement du disque en l’absence de gravité. A contrario, plus l’activité physique est importante, voire vigoureuse, plus on est protégé. Contrairement à ce qui circule, la course à pied a également un effet protecteur et bénéfique pour la santé des disques intervertébraux. 

Voilà pour notre petite exploration des mythes et des faits qui entourent les hernies discales. En espérant que ces données vous ont apporté des éclaircissements et peut-être même permis de dissiper quelques craintes.

Restons en contact, pour plus de découvertes qui remettent en question nos préconceptions et nous aident à mieux comprendre notre propre corps.

Rédigé par:

Dr Cyril Fischhoff DC, MSc, FRCC (imaging)

Chiropracteur spécialiste en échographie MSK

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Les références

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